Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/39
ARLEQUIN
Êtes-vous bien aise de me voir?
SILVIA
Assez.
ARLEQUIN, en répétant ce mot.
Assez, ce n’est pas assez.
SILVIA
Oh si fait, il n’en faut pas davantage.
Arlequin ici lui prend la main, Silvia paraît embarrassé.
ARLEQUIN, en la tenant, dit.
Et moi, je ne veux pas que vous disiez comme cela.
Il veut alors lui baiser la main, en disant ces derniers mots.
SILVIA, retirant sa main.
Ne me baisez pas la main au moins.
ARLEQUIN, fâché.
Ne voilà-t-il pas encore ? Allez, vous êtes une trompeuse.
Il pleure.
SILVIA, tendrement, en lui prenant le menton.
Hélas ! mon petit amant, ne pleurez pas.
ARLEQUIN, continuant de gémir.
Vous m’aviez promis votre amitié.
SILVIA
Eh ! je vous l’ai donnée.
ARLEQUIN
Non : quand on aime les gens, on ne les empêche pas de baiser sa main. (En lui offrant la sienne.) Tenez, voilà la mienne ; voyez si je ferai comme vous.