Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/499
Dorante, et laisse là tes scrupules. Les hommes, quand ils ont envie de nous quitter, y font-ils tant de façons ? N’avons-nous pas tous les jours de belles preuves de leur constance ? Ont-ils là-dessus des privilèges que nous n’ayons pas ? Tu te moques de moi ; le Chevalier m’aime, il ne me déplaît pas : je ne ferai pas la moindre violence à mon penchant.
LISETTE
Allons, allons, Madame, à présent que je suis instruite, les amants délaissés n’ont qu’à chercher qui les plaigne ; me voilà bien guérie de la compassion que j’avais pour eux.
LA COMTESSE
Ce n’est pas que je n’estime Dorante ; mais souvent, ce qu’on estime ennuie. Le voici qui revient. Je me sauve de ses plaintes qui m’attendent ; saisis ce moment pour m’en débarrasser.
[modifier] Scène V
DORANTE, LA COMTESSE, LISETTE, ARLEQUIN
DORANTE, arrêtant La Comtesse.
Quoi ! Madame, j’arrive, et vous me fuyez ?
LA COMTESSE
Ah ! c’est vous, Dorante ! je ne vous fuis point, je m’en retourne.
DORANTE
De grâce, donnez-moi un instant d’audience.
LA COMTESSE
Un instant à la lettre, au moins ; car j’ai peur qu’il ne me vienne compagnie.