Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/539

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LA COMTESSE

Eh bien ?…

FRONTIN

Rien ne remue ; la Marquise bâille en m’écoutant, Dorante ouvre nonchalamment sa tabatière, c’est tout ce que j’en tire.

LA COMTESSE

Va, va, mon enfant, laisse-nous, tu es un maladroit. Votre valet n’est qu’un sot, ses observations sont pitoyables, il n’a vu que la superficie des choses : cela ne se peut pas.

FRONTIN

Morbleu ! Madame, je m’y ferais hacher. En voulez-vous davantage ? Sachez qu’ils s’aiment, et qu’ils m’ont dit eux-mêmes de vous l’apprendre.

LA COMTESSE, riant.

Eux-mêmes ! Eh ! que n’as-tu commencé par nous dire cela, ignorant que tu es ? Vous voyez bien ce qui en est, Chevalier ; ils se consolent tant, qu’ils veulent nous rendre jaloux ; et ils s’y prennent avec une maladresse bien digne du dépit qui les gouverne. Ne vous l’avais-je pas dit ?

LE CHEVALIER

La passion sé montre, j’en conviens.

LA COMTESSE

Grossièrement même.

FRONTIN

Ah ! par ma foi, j’y suis : c’est qu’ils ont envie de vous mettre en peine. Je ne m’étonne pas si Dorante, en regardant sa montre, ne la regardait pas fixement, et faisait une demi-grimace.

LA COMTESSE

C’est que la paix ne régnait pas dans son cœur.

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