Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/55

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LA FÉE tombe sur le siège de gazon mis auprès de la grille du théâtre et dit.

Ah! je suis perdue, je suis trahie.

ARLEQUIN, en riant.

Et moi, je suis on ne peut pas mieux. Oh ! oh ! Vous me grondiez tantôt parce que je n’avais pas d’esprit ; j’en ai pourtant plus que vous. (Arlequin alors fait des sauts de joie ; il rit, il danse, il siffle, et de temps en temps va autour de la Fée, et lui montrant la baguette.) Soyez bien sage, madame la sorcière, car voyez bien cela ! (Alors il appelle tout le monde.) Allons, qu’on m’apporte ici mon petit cœur. Trivelin où sont mes valets et tous les diables aussi ? Vite, j’ordonne, je commande, ou par la sambleu… (Tout accourt à sa voix.)



[modifier] Scène dernière

SILVIA conduite par TRIVELIN, LES DANSEURS, LES CHANTEURS et LES ESPRITS


ARLEQUIN, courant au-devant de Silvia, et lui montrant la baguette.

Ma chère amie, voilà la machine ; je suis sorcier à cette heure ; tenez, prenez, prenez ; il faut que vous soyez sorcière aussi.

Il lui donne la baguette.

SILVIA prend la baguette en sautant d’aise et dit.

Oh ! mon amant, nous n’aurons plus d’envieux.

À peine Silvia a-t-elle dit ces mots, que quelques esprits s’avancent, et l’un d’eux dit :

Vous êtes notre maîtresse, que voulez-vous de nous ?

SILVIA, surprise de leur approche, se retire et a peur, et dit.

Voilà encore ces vilains hommes qui me font peur.

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