Page:Maupassant - Le Rosier de Madame Husson.djvu/73

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Le son de sa voix était un peu troublé ; son allure un peu gênée, son œil un peu fuyant. Pourtant elle semblait avoir tout oublié.

Je l’admirais. Comme elles sont rouées d’instinct, ces mâtines-là ! Quelles diplomates !

Au bout d’une heure nous arrivions, en effet ; et un grand dragon, taillé en hercule, debout devant le bureau, agita un mouchoir en apercevant la voiture.

Ma voisine sauta dans ses bras avec élan et l’embrassa vingt fois au moins, en répétant : – Tu vas bien ? Comme j’avais hâte de te revoir !

Ma malle était descendue de l’impériale et je me retirais discrètement quand elle me cria : – Oh ! monsieur, vous vous en allez sans me dire adieu.

Je balbutiai : – Madame, je vous laissais à votre joie.

Alors elle dit à son mari : – Remercie monsieur, mon chéri ; il a été charmant pour moi pendant tout le voyage. Il m’a même offert une place dans le coupé qu’il avait pris pour lui tout seul.