Page:Maurice Joly - Les Affames - E Dentu Editeur - 1876.djvu/100

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― Me prenez-vous pour un voleur ? s'écria le juif exaspéré.

― Assez ! assez ! firent les joueurs en mettant tous la main sur leur argent.

― C'est que j'aurais bientôt fait de vous corriger comme vous le méritez, continua l'individu en gesticulant d'une manière menaçante.

― Ne me parlez pas de si près ; vous sentez le rat mort, mon cher, et vous tueriez les mouches à quinze pas, fit le marquis en se ventilant avec son mouchoir.

― Insolent ! s'écria l'individu en faisant mine de porter la main sur le jeune homme ; mais, a l'instant, Barbaro, qui savait sans doute à qui il avait affaire, prit l'inconnu par les épaules, l'enleva et le jeta dehors.

― Jolie maison ! dit d'Havrecourt en se hâtant d'aller prendre son paletot au vestiaire. Il venait de gagner deux mille francs et détalait au plus vite en faisant un signe de la main au marquis. Ce dernier lui courut après.

― Cher vicomte, lui dit-il sans plus s'occuper de l'incident que si rien ne fût arrivé, j'ai une requête à te présenter.

― Et quoi donc, très cher ? répondit le vicomte en achevant de mettre son paletot.

― Tu peux me faire inviter, si lu te veux, au prochain bal de Mme de Saint-Morris, je te le demande.

― Entendu.

― Je te le demande pour moi, sachant bien que tu ne me le refuseras pas, et pour Marius Simon.

― Qui cela, Marius Simon ? un rapin, je crois.

― Marius ! un rapin ! Un peintre du plus grand talent, tu veux dire, et de l'esprit comme toi.