Page:Maurice Joly - Les Affames - E Dentu Editeur - 1876.djvu/88

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



― Eh ! l'ami, ce sont là des fantaisies royales ; mais qui est-ce qui en payera les frais ? Qu'est-ce que ça me rapportera a moi, tout ça ?

― Pas un sou, puisque c'est pour mon compte que tu fais le portrait ; mais de par moi tu auras tes entrées dans le salon de Mme de Saint-Morris, chez qui tu verras la belle comtesse. Or, le salon de Mme de Saint-Morris ouvert pour toi, avec ton talent, ton esprit, ton sang-froid, c'est le succès, tu es lancé...

― Pas de boniment, je tiens l'article.

― Tu refuses ?

― J'accepte.

Tout à coup la porte s'ouvrit brusquement, comme si elle était poussée par une rafale.

― C'est Cambrinus ! Voilà Cambrinus ! crièrent deux ou trois nouveaux venus qui faisaient du bruit comme s'ils amenaient avec eux l'empereur du Marne. Au même instant apparut au milieu de ses compagnons un gros garçon chevelu, trapu, barbu, à la mine joviale et hardie. Il y avait une solution de continuité entre son gilet et son pantalon, et il se campa sur la hanche en entrant comme s'il était sûr à l'avance de l'effet qu'il allait produire.

― Jean ! vite, voyez à servir un excellent potage à ce cher M. Gaspard, que l'on n'a pas revu depuis quinze jours.

Le père Lamoureux venait de lâcher sa meilleure formule, une formule à rendre jaloux Marius Simon lui-même. Quel était donc cet autre favori pour qui le père Lamoureux pouvait se fendre d'une telle locution ?

― Merci, merci, papa, j'ai dîné, dit d'une voix retentissante celui qu'on appelait Cambrinus en frappant