Page:Maurice Joly - Son passe, son programme par lui meme - 1870.djvu/10

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.




Passons en 1864. Pendant que M. Grévy dormait du sommeil d’Épiménide, pratiquant largement sa maxime : qu’en pratique il ne faut rien faire et tout attendre des événements, je publiais les Principes de 89 ; brochure qui a servi de base à l’adresse du Corps-Législatif, et dont MM. les législateurs de l’époque ont jugé bon d’extraire la substance, sans que je fusse nommé, bien entendu.

Même année, je publie une autre brochure intitulée César, qui m’a été confisquée de la manière la plus curieuse, par un coquin d’imprimeur du nom de G..... Je fais tirer trois mille exemplaires de cette brochure, qui répondait au sot auteur de la Vie de César. L’imprimeur, après avoir fait son tirage, montre la brochure à la police, objecte que ce n’est pas de l’histoire ancienne, mais de l’histoire moderne, et me dit : Criez, tempêtez, faites tout ce que vous voudrez, je répondrai que je n’ai jamais reçu de manuscrit, et que le tirage dont vous parlez est un rêve.

Et le coquin l’emporta, ma brochure n’a jamais paru.




Passons en 1865. À force de travailler, je me sentais pousser les ongles, et même, l’avouerai-je, le désir de la célébrité m’était venu. Quand l’ambition a un but élevé, n’est-elle pas avouable ?

Je méditais depuis un an un livre qui aurait montré les brèches épouvantables que la législation impériale avait faites dans toutes les branches de l’administration et les abîmes qu’elle avait ouverts en détruisant de fond en comble toutes les libertés publiques.

Je réfléchis qu’avec des Français un livre d’une forme sévère ne sera pas lu. Je cherche alors à fondre mon travail dans un moule approprié à notre esprit sarcastique obligé depuis l’empire à replier ses attaques derrière des feintes. Je songeai à une histoire du bas-empire, puis tout à coup je me rappelai l’impression qu’avait produite sur moi un livre connu seulement des amateurs et qui est intitulé : Dialogue sur les blés de l’abbé Galiani.

Faire dialoguer des vivants ou des morts sur la politique contemporaine, telle fut l’idée qui me vint.

Un soir que je me promenais sur la terrasse du bord de l’eau, près du pont Royal par un temps de boue, dont je me souviens encore, le nom de Montesquieu me vint tout à coup à l’esprit comme personnifiant tout un côté des idées que je voulais exprimer. Mais quel serait l’interlocuteur de Montesquieu ?

Une idée jaillit de mon cerveau. Et pardieu c’est Machiavel !

Machiavel représente la politique de la force à côté de Montes-