Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/1

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CRISE D’ORIENT



La crise d’Orient est un des maux chroniques de l’Europe, qui en compte beaucoup. À part l’Espagne et le Portugal, que la pauvreté même de leur vie politique et industrielle préserve, depuis des années, de tout conflit, ou mieux de tout heurt, à part les États neutres, Belgique et Suisse, ou la petite Hol­lande que guettent d’ailleurs de formidables convoitises, il n’est guère de contrée européenne qui ne se trouve jetée dans une perpétuelle menace de conflagration. Notre continent n’a rien d’un paradis terrestre. L’Allemagne se dresse contre la France ; la Russie contre l’Autriche ; l’Angleterre contre l’Al­lemagne ; l’Autriche contre l’Italie. Serbes et Bulgares sont encore loin de fraterniser. De multiples oppositions d’intérêts, plutôt que de races, partagent les quelques centaines de mil­lions d’hommes qui vivent du détroit de Gibraltar à l’Oural et au Bosphore. L’Europe recèle cent fois plus d’antagonismes de toutes sortes que l’Asie, l’Afrique et l’Amérique réunies... niais elle est aussi le « berceau » de la civilisation qui domine le monde. Il y avait jadis deux nations qui subsistaient à peu près en paix : la Suédoise et la Norvégienne ; un beau jour, elles rompirent le pacte, et depuis ce moment s’épient d’un œil soupçonneux. Il n’y a pas une chance de guerre, il y en a dix, vingt, peut-être davantage pour les Européens, et c’est sans doute parce que les risques sont si grands, et parce que les combinaisons diplomatiques en présence finissent par s’enche-