Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/17

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tout ce qu’elle put pour tenir lieu de mère à Edgar, et, comme celui-ci Fa toujours affirmé, elle se montra envers lui indulgente et affectueuse. Le père adoptif s’efforçât aussi de témoigner les mêmes sentiments à l’enfant, mais il avait un tempérament capricieux et despotique, et l’influence concilia­trice de Mrs Allan ne réussissait pas toujours à maintenir la paix au foyer.

Alors que le jeune Edgar atteignait sa septième année, les Allan furent appelés en Grande-Bretagne par leurs affaires ; ils emmenèrent l’enfant avec eux et le placèrent dans une école à Stoke Newington, un faubourg de Londres. On sait fort peu de choses sur l’existence de l’orphelin, pendant les cinq années qu’il passa à cette pension ; mais son maître garda de lui le souvenir d’un « garçon vif et intelligent », qui « aurait été un très bon élève s il n’avait pas été gâté par une profusion extravagante d’argent de poche ».

De retour dans l’Etat de Virginie, Poe poursuivit ses études à une « Académie classique » de Richmond, ville où son père adoptif exerçait la profession de négociant en tabacs. À cette académie, Poe se trouva en rapports avec de jeunes garçons de bonne condition sociale, et il noua, avec quelques-uns d’entre eux, des amitiés qui durèrent toute sa vie. Plusieurs de ses condisciples ont fourni sur l’écolier des réminiscences qui font grand honneur à son caractère. Comme élève, comme athlète et comme camarade, il a laissé une impression favorable dans l’esprit de tous ceux qui se souviennent de lui.

Ses facultés et ses dons me captivèrent, dit le colonel Preston, et quelque chose, chez moi ou chez lui, le fit se prendre d’amitié pour moi. Dans les simples exercices athlétiques de ce temps-là, alors qu’on ne parlait pas encore de gymnases, il était facile princeps. Coureur agile, capable de sauts extraordinaires, et, qui plus est, un boxeur... Pour les devoirs latins, continue le colonel Preston, Poe prenait rang parmi les premiers, et il était aussi de première force en français... Une grande partie de son temps, en classe et hors de classe, Poe l’employait à écrire des vers... Mon enfantine admiration pour le génie de mon camarade était si grande que je sollicitai la faveur d’emporter chez moi le recueil de ses productions pour le montrer à ma mère.

La mère du colonel Preston était la fille d’Edmund Randolph, le célèbre homme d’Etat, et elle avait hérité de son