Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/6

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sous ce rapport, lorsque l’Autriche commença la sienne : la révolution hongroise s’ébauche seulement.

Tant que l’Autriche-Hongrie se contenta d’une agriculture active et d’une industrie médiocre, la conquête des marchés extérieurs ne fut pour elle qu’un souci secondaire, parce que, dans le passé et jusqu’à une date proche, la crise agricole ne sévissait que faiblement : mais, dans les dernières années, l’extraction minière, la métallurgie, la sucrerie-raffinerie, la fabrication des produits chimiques, la verrerie, le tissage et la filature ont acquis une extension inattendue dans beaucoup de régions cisleithanes et dans quelques districts transleithans. La Bohême, la Moravie, la Haute et la Basse-Autriche peu­vent aujourd’hui rivaliser plus ou moins, pour l’ampleur de leur activité manufacturière, avec le centre anglais, avec la Westphalie, avec notre département du Nord, avec le Massachussetts. Des milliards y ont été affectés au capital des usi­nes ; des centaines de milliers d’ouvriers sont rassemblés au service d’un petit nombre de grandes exploitations.

En 1898, l’Autriche-Hongrie avec ses 3.140.000 fuseaux restait fort en arrière de la France : elle a progressé à pas gigantesques. En 1904, elle tirait du sol autant de houille que nous ; elle arrachait aux minières quinze fois plus de fer que la Belgique ; elle fournissait déjà 100.000 tonnes de fonte de plus que ce dernier pays. Elle livrait 825.000 tonnes de pé­trole, et ce n’était qu’un début. Sa production de sucre excé­dait la nôtre de 2.500 milliers de quintaux. La transformation économique de l’Empire s’est encore mieux affirmée depuis. Il se classe au premier rang, après l’Allemagne, parmi les Etats continentaux pour le contingent et l’ingéniosité de ses cartels ou syndicats industriels ; syndicats des rails d’acier, du fer, du sucre, du pétrole, des fils de fer, de l’acide nitrique,— et nul n’ignore plus que la multiplication de ces groupements caractérise, au plus haut degré, l’expansion du système capi­taliste.

Ce développement industriel s’accompagnait, bien entendu, d’une refonte totale de l’outillage. L ’Autriche-Hongrie est un des États qui ont le plus construit de voies ferrées, au cours de la période strictement contemporaine. La presse a entre­ tenu récemment l’Europe des lignes hardies qu’elle a creusées dans les massifs alpestres, pour joindre le Danube à l’Adriati-