Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/4

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J’ai passé huit mois hors de Paris, vivant en un village de Bretagne, au milieu de paysans et de matelots, mêlé en quelque sorte à leur robuste existence et à leurs durs travaux. Cela est bon, je vous assure, aux nerfs trop tendus, aux cœurs trop gonflés, et l’on a besoin, après les luttes trop vives, de se retremper dans un bain de solitude et de silence. Ma pensée s’en allait, sans un regret, vers ce que j’avais abandonné, et mes seules tristesses étaient de me dire qu’il me faudrait dans quelque temps, reprendre la besogne ingrate.

Je ne faisais rien que marcher, le jour, au fond des grèves, accompagner en mer les pêcheurs, courir à travers les rochers et les landes, relire, le soir, les livres aimés. Je lisais peu de journaux – ceux seulement que le hasard déposait sur ces côtes sauvages –, mais le peu

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