Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/189

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Alceste
225Non. L’amour que je sens pour cette jeune veuve

Ne ferme point mes yeux aux défauts qu’on lui treuve ;
Et je suis, quelque ardeur qu’elle m’ait pu donner,
Le premier à les voir, comme à les condamner.
Mais avec tout cela, quoi que je puisse faire,
230Je confesse mon faible : elle a l’art de me plaire.
J’ai beau voir ses défauts, et j’ai beau l’en blâmer,
En dépit qu’on en ait, elle se fait aimer ;
Sa grâce est la plus forte ; et sans doute ma flamme
De ces vices du temps pourra purger son âme.


Philinte
235Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu.

Vous croyez être donc aimé d’elle ?


Alceste
Vous croyez être, donc, aimé d’elle ? Oui, parbleu !

Je ne l’aimerais pas, si je ne croyais l’être.


Philinte
Mais si son amitié pour vous se fait paraître,

D’où vient que vos rivaux vous causent de l’ennui ?


Alceste
240C’est qu’un cœur bien atteint veut qu’on soit tout à lui.

Et je ne viens ici qu’à dessein de lui dire
Tout ce que là-dessus ma passion m’inspire.


Philinte
Pour moi, si je n’avais qu’à former des désirs,

Sa cousine Éliante aurait tous mes soupirs :
245Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère,
Et ce choix plus conforme était mieux votre affaire.


Alceste
Il est vrai : ma raison me le dit chaque jour ;

Mais la raison n’est pas ce qui règle l’amour.


Philinte
Je crains fort pour vos feux ; et l’espoir où vous êtes,

250Pourrait…



Scène 2

Oronte, Alceste, Philinte.




Oronte, à Alceste.
Pourrait… J’ai su là-bas que, pour quelques emplettes

Éliante est sortie, et Célimène aussi.