Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/192

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Alceste
Puisqu’il vous plaît ainsi, monsieur, je le veux bien.



Oronte
305Sonnet. C’est un sonnet… L’Espoir… C’est une dame

Qui de quelque espérance avait flatté ma flamme.
L’Espoir… Ce ne sont point de ces grands vers pompeux,
Mais de petits vers doux, tendres, et langoureux.
(À toutes ces interruptions il regarde Alceste.)


Alceste
Nous verrons bien.



Oronte
Nous verrons bien. L’Espoir… Je ne sais si le style

310Pourra vous en paraître assez net et facile,
Et si du choix des mots vous vous contenterez.


Alceste
Nous allons voir, monsieur.



Oronte
Nous allons voir, Monsieur. Au reste, vous saurez

Que je n’ai demeuré qu’un quart d’heure à le faire.


Alceste
Voyons, monsieur ; le temps ne fait rien à l’affaire[1].



Oronte

315L’espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps, notre ennui ;
Mais, Philis, le triste avantage,
Lorsque rien ne marche après lui !


Philinte
Je suis déjà charmé de ce petit morceau.



Alceste, bas, à Philinte.
320Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ?



Oronte

Vous eûtes de la complaisance ;
Mais vous en deviez moins avoir,
Et ne vous pas mettre en dépense
Pour ne me donner que l’espoir.


Philinte
325Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises !



Alceste, bas, à Philinte.
Hé quoi ! vil complaisant, vous louez des sottises[2] ?
  1. Ce vers est devenu proverbe.
  2. Variante : Morbleu ! vil complaisant, vous louez des sottises ?