Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/226

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1155Enfin, toute la grâce et l’accommodement
Où s’est avec effort plié son sentiment,
C’est de dire, croyant adoucir bien son style :
« Monsieur, je suis fâché d’être si difficile ;
Et, pour l’amour de vous, je voudrais, de bon cœur,
1160Avoir trouvé tantôt votre sonnet meilleur. »
Et dans une embrassade, on leur a, pour conclure,
Fait vite envelopper toute la procédure.


Éliante
Dans ses façons d’agir il est fort singulier ;

Mais j’en fais, je l’avoue, un cas particulier ;
1165Et la sincérité dont son âme se pique
A quelque chose en soi de noble et d’héroïque,
C’est une vertu rare au siècle d’aujourd’hui,
Et je la voudrais voir partout comme chez lui.


Philinte
Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m’étonne

1170De cette passion où son cœur s’abandonne.
De l’humeur dont le ciel a voulu le former,
Je ne sais pas comment il s’avise d’aimer ;
Et je sais moins encor comment votre cousine
Peut être la personne où son penchant l’incline.


Éliante
1175Cela fait assez voir que l’amour, dans les cœurs,

N’est pas toujours produit par un rapport d’humeurs ;
Et toutes ces raisons de douces sympathies,
Dans cet exemple-ci, se trouvent démenties.


Philinte
Mais croyez-vous qu’on l’aime, aux choses qu’on peut voir ?



Éliante
1180C’est un point qu’il n’est pas fort aisé de savoir.

Comment pouvoir juger s’il est vrai qu’elle l’aime ?
Son cœur de ce qu’il sent n’est pas bien sûr lui-même ;
Il aime quelquefois sans qu’il le sache bien,
Et croit aimer aussi, parfois, qu’il n’en est rien.


Philinte
1185Je crois que notre ami, près de cette cousine,

Trouvera des chagrins plus qu’il ne s’imagine ;
Et, s’il avait mon cœur, à dire vérité,
Il tournerait ses vœux tout d’un autre côté ;
Et, par un choix plus juste, on le verrait, madame,