Page:Molière - Œuvres complètes, CL, 1888, tome 01.djvu/43
LA
JALOUSIE DU BARBOUILLÉ
Le jeune Poquelin sortait du collège des jésuites et des leçons de Gassendi. Frais émoulu de ses classes, il riait, avec Bernier et Chapelle, du Ferio Darii Bamalipton et de l’inutile parlage des docteurs scolastiques; il leur préférait, au grand scandale de sa famille, Tabarin et Guillot Gorju.
Le canevas qui nous est parvenu sous le titre de la Jalousie du Barbouillé n’est qu’une imitation servile de ces farces qui éveillaient son génie. L’art y manque ; l’incisive vigueur de Molière s’y annonce. On y voit la bourgeoise dominant son mari de toute la force de sa finesse et de toute l’autorité de son sang-froid : la femme de Georges Dandin apparaît. Pour but de sa colère et de sa satire, Molière a déjà choisi la formule inutile de la science et les vaines draperies de la rhétorique.
Sans doute cette facétie fut l’une des premières que représenta la troupe des enfants de famille dirigée par Molière, et qui, sous le nom de L’Illustre théâtre, alla s’établir à la porte de Nesle. « J’ai ouï dire à des gens agez, raconte Perrault, qu’ils avoient veu le théâtre de la comédie de Paris de la même structure et avec les mêmes décorations que celui des danseurs du pont Neuf, que la comédie se jouoit en plein air et en plein jour ; que le bouffon de la troupe se promenoit par la ville avec un tambour pour avertir qu’on alloit commencer. Les pièces qui nous restent de ce temps-là sont de la mesme beauté que le lieu où l’on en faisoit la représentation. Ensuite on les joua à la chandelle, et le théâtre fut orné de tapisseries qui donnoient des