Page:Molière - L’Avare 1669.djvu/149
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le plus précieux que vous ayez sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire, il faut que vous me l’accordiez.
Harpagon
Je n’en ferai rien. Qu’est-ce à dire cela ?
Valère
Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.
Harpagon
Le serment est admirable, et la promesse plaisante !
Valère
Oui, nous nous sommes engagés d’être l’un à l’autre à jamais.
Harpagon
Je vous en empêcherai bien, je vous assure.
Valère
Rien que la mort ne nous peut séparer.
Harpagon
C’est être bien endiablé après mon argent.
Valère
Je vous ai déjà dit, monsieur, que ce n’était point l’intérêt qui m’avait poussé à faire ce que j’ai fait. Mon cœur n’a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m’a inspiré cette résolution.
Harpagon
Vous verrez que c’est par charité chrétienne qu’il veut avoir mon bien. Mais j’y donnerai bon ordre, et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.
Valère