Page:Moréas - Réflexions sur quelques poètes, 1912.djvu/282

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DUCIS



Lorsque la Comédie-Française reprit le Marchand de Venise d’Alfred de Vi » ny, la vieille adaptation trouva des juges sévères dans la presse. On a remis sur le tapis, la question de ce qu’on appelle une traduction exacte…

Qu’est-ce que la traduction exacte d’un grand ouvrage dramatique ? On se fait peut-être illusion là-dessus ! Le mot à mot est diablement traître, et l’on manque souvent d’égards envers les chefs-d’œuvre à les vouloir trop respecter. Je crois aussi que la prose n’est pas bonne pour faire vivre sur la scène une tragédie ou une haute comédie versifiées dans l’original. Un pareil travail peut être piquant, savoureux, instructif ; il n’est pas artistique. Dans le cas de Shakespeare, va-t-on me faire observer que ses pièces sont remplies de passages en prose ? Je réponds : soyez certains que la prose anglaise de Shakespeare, là où elle est, demande le vers français.