Page:Moreau.- Mémoires historiques et litteraires F.-J. Talma, 1827.djvu/51

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et Néron. Lorsque Talma, que les acclamations du parterre accompagnaient ordinairement dans le rôle de Néron, se présente sur la scène, des murmures se font entendre, pardonnez-moi de vous écrire, quand je vous attends ce matin à une heure, et ce soir à huit : mais si les convenances sociales ne devaient pas tout arrêter, je ne sais, hier, si je ne me serais pas fait fière d’aller moi-même vous donner cette couronne due à un tel talent, plus qua tout autre ; car ce n’est pas un acteur que vous êtes ; c’est un homme qui élève la nature humaine, en nous en donnant une idée nouvelle. Adieu, à une heure. Ne me repoudez pas, mais aimez-moi pour mon admiration. »


«8 juillet 1809.

» Vous êtes parti hier, mon cher Oreste, et vous avez vu combien cette séparation m’a fait de peine. Ce sentiment ne me quittera pas de long-temps ; car l’admiration que vous m’inspirez ne peut s’ellacer. Vous êtes, dans votre carrière, unique au monde, et nul, avant vous, n'avait atteint ce degré de perfection où l’art se combine avec l’inspiration, la réflexion avec l’involontaire, le génie avec la raison. Vous m’avez fait un mal, celui de me faire sentir plus amèrement mon exil et la puissance de l’empereur qui, indépendamment de cette petite Europe, est maître du domaine de l’imagination. À peine étiez-vous parti, que le sénateur Rœderer est entré chez lui, venant d'Espagne pour aller à Strasbourg. Nous