Page:Moreau.- Mémoires historiques et litteraires F.-J. Talma, 1827.djvu/54

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terreur m’a coûté bien des larmes : "tous mes amis sont morts sur l’échafaud. »

Talma aurait pu ajouter que, dénoncé lui-même par le rédacteur de l'Ami du Peuple, il avait acquis de nobles titres à sa haine en donnant asile à des proscrits, en exposant sa tête pour sauver celle d’un émigré dont il était bien loin de partager les opinions politiques. Personne n’ignorait qu’ami des députés de la Gironde, et voyant presque tous les jours Condorcet et Clavière, Talma était haï, redouté des jacobins ; et que Marat, à leur sanglante tribune, avait signalé comme un crime la fête donnée par notre grand tragédien à Dumouriez au mois d’octobre 1791, peu de jours avant le départ de ce général pour la Belgique[1].

  1. Cette fête, qui fut troublée par l’arrivée de Marat, eut lieu dans une maison de la rue Chantereine, qui appartenait à Talma, et qu’il vendit à Bonaparte après la campagne d’Italie. C’est dans cette maison que se préparèrent les événemens du 18 brumaire. Le jour de la fête offerte à Dumouriez, on avait construit, dans le jardin, un pavillon faisant suite aux appartement du rez de chaussée. Ce fut là que Marat, qui sortait de la séance des jacobins, eut avec le général une conférence très-vive à la juger par l’agitation et les gestes animés des interlocuteurs qu’on pouvait voir sans les entendre. Le