Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Comédies II.djvu/39

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PREMIER BOURGEOIS — Il y a eu une émeute à Florence ?

DEUXIEME BOURGEOIS — Presque rien. — Quelques pauvres jeunes gens ont été tués sur le vieux-Marché.

PREMIER BOURGEOIS — Quelle pitié pour les familles !

DEUXIEME BOURGEOIS — Voilà des malheurs inévitables. Que voulez-vous que fasse la jeunesse d’un gouvernement comme le nôtre ? On vient crier à son de trompe que César est à Bologne ; et les badauds répètent : « César est à Bologne », en clignant des yeux d’un air d’importance, sans réfléchir à ce qu’on y fait. Le jour suivant, ils sont plus heureux encore d’apprendre et de répéter : « Le pape est à Bologne avec César. » Que s’ensuit-il ? Une réjouissance publique, ils n’en voient pas davantage ; et puis un beau matin ils se réveillent tout engourdis des fumées du vin impérial, et ils voient une figure sinistre à la grande fenêtre du palais des Pazzi. lls demandent quel est ce personnage, et on leur répond que c’est leur roi. Le pape et l’empereur sont accouchés d’un bâtard qui a droit de vie et de mort sur nos enfants, et qui ne pourrait pas nommer sa mère.

L’ORFEVRE — S’approchant. vous parlez en patriote, ami ; je vous conseille de prendre garde à ce flandrin. (Passe un officier allemand.)