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LA JEUNESSE d'iBSEN 89
d'écueils plus arides encore, et si Ton passe quel- que détroit, on suit une large rue d'eau, bordée de deux rangées de pierres non construites, indé- finiment monochromes. Des bouées nombreuses, des pieux fixés sur les "hauts fonds que Teau recouvre à peine, indiquent les points dangereux de ces parages, où ne peuvent naviguer que les pilotes, car, si la mer y est, en général, parfaite- ment calme, il arrive aussi qu'elle s'y agite, les brouillards sont fréquents et les récifs guettent. La côte elle-même n'est, en bien des endroits, qu'une suite plus continue de rochers pareils, seulement un peu plus hauts que les îles, et la route présente alors un spectacle d'affreuse désola- tion. Mais, plus souvent, le roc y est en partie couvert de sapins, et laisse deviner, par places, un paysage moins sévère.
Voici que la côte s'abaisse ; on pénètre dans un golfe à l'étroite ouverture, et l'on approche d'un village aux maisons de bois, avec une église au centre et un bouquet d'arbres derrière : c'est Grim- stad. Ibsen arriva vers la fin de l'hiver 1 843-1 844 en vue de ce trou perdu, où il savait qu'il devait rester des années, et l'aperçut caché sous la neige. Un souvenir de famille, déjà, l'y rattachait : sur sa droite, avant d'entrer dans le petit fjord, il s'était fait montrer, sans doute, la pointe de Hesnaes, près de laquelle son grand-père, autrefois, avait sombré.
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