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LA CONFESSION DE STAVROGUINE 45.

��III

��La lecture dura près d'une heure. Tikhon lisait lente- ment et relisait peut-être même certains passages. Depuis l'interruption qu'avait provoquée le feuillet qu'il avait retenu, Stavroguine était resté assis, immobile, silencieux, appuyé au dossier du divan et paraissant attendre. Tikhon ôta ses lunettes, tarda un instant, puis jeta un regard indécis sur Stavroguine. Celui-ci tressaillit et d'un mou- vement rapide en avant se pencha.

— J'ai oublié de vous prévenir, prononça-t-il d'un ton brusque et sec, que toutes vos paroles seront vaines ; je ne modifierai pas mes intentions ; ne perdez pas votre peine à me dissuader. Je publierai cela.

Il rougit et se tut.

— Vous n'avez pas manqué de m'en prévenir, avant la lecture.

Il y avait une certaine irritation dans le ton de Tikhon. Le « document » avait évidemment produit sur lui une forte impression. Son sentiment chrétien avait été blessé et il y avait des moments où il ne pouvait pas se contenir. Je remarquerai à ce propos que ce n'est pas en vain qu'il avait acquis la réputation « de ne pas savoir se conduire avec le public » comme disaient de lui les moines. Malgré tout son esprit de charité, une véritable indignation se fit entendre dans sa voix.

— Cela ne fait rien, continua Stavroguine d'un ton coupant et sans remarquer le changement qui s'était pro- duit chez Tikhon. Quelle que soit la force de vos argu- ments je ne renoncerai pas à mes intentions. Remarquez qu'au moyen de cette phrase habile — ou malhabile, comme vous voudrez — je ne songe pas du tout à provo- quer vos arguments et vos prières. En prononçant ces derniers mots, il eut un ricannement.

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