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LES DANGERS DUNE POLITIQUE CONSEQUENTE J
traires. Il faut qu'il conçoive et saisisse 1 avantage national avec une force inébranlable, il faut qu'il en poursuive la réalisation avec inflexibilité.
Oui, mais justement il faut d'abord qu'il le conçoive, qu'il le saisisse : non pas dans son apparence immédiate et tel qu'il se peint à tous les veux, mais dans son essence cachée, dans sa profondeur. La vision politique commence où finit celle du vulgaire. Le grand homme d'Etat, c'est celui qui découvre le sens inévident des événements et qui v adapte sa conduite.
Autrement dit, à son inflexibilité, au caractère quasi- hallucinatoire que doit prendre dans son esprit la préoccu- pation nationale, il iaut que s'ajoutent une grande sou- plesse d'imagination et même, pourrait-on dire, une cer- taine aptitude au tâtonnement. Ceci n'est d'ailleurs pas une nécessité seulement en politique. Tout créateur, même d'oeuvres fictives, doit réunir en lui-même l'obsti- nation et le renoncement, la certitude et l'ignorance. Ce qu'il voit, pour le réaliser, il faut aussi qu'il cesse de le voir, ou du moins qu'il se laisse submerger, par instants, sous les moyens de le réaliser, jusqu'à pouvoir choisir le meilleur.
Il y a dans notre politique actuelle, telle qu'elle est menée par M. Poincaré, une fermeté et une conséquence indiscutables ; mais purement extérieures, purement for- melles, car en quoi consistent-elles sinon dans l'application à ne jamais quitter, dans les moyens, la ligne droite ? A quoi s'attache l'homme qui nous gouverne sinon à ce que, de chaque mesure qu'il prend, nous puissions voir immédiatement le rapport direct à notre intérêt ? Cet intérêt étant d'ailleurs — c'est ici que commence la folie — une fois pour toutes défini, et par le Traité de Versailles !
On reconnaît d'emblée dans quel sens fonctionne l'esprit de M. Poincaré : c'est uniquement dans le sens déductif. Ses constructions sont toutes des conclusions, ses inven- tions sont toutes des syllogismes. Dans l'insistance qu'il
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