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EN ESPAGNE 653
cuite, — frémit encore d'avoir vu passer l'ombre équestre, hautaine, courbée, et portant la longue lance.
Lorsque je sortis de l'église, le soir était venu.
Six heures du soir en été ; l'azur faiblissait à peine, s'argentait seulement. Sur de petits che- mins secs, escarpés, pelés, des muletiers avan- çaient : muletiers en béret bleu, poussant leurs bêtes, transportant des sacs de farine, et tels qu'on les voit passer chez Cervantes, dans la vallée du Toboso...
Six heures du soir en été. Je contemplais le bel horizon. Ici Hendaye, plus loin Béobie, Irun, Hernani ; là-bas l'île des Faisans : île des Faisans, mi-espagnole et mi-française, qui ne conserve des pompes qu'elle eut pour l'entrevue de ses rois qu'un bouquet de feuillage des tropiques, et son nom charmant, au plumage doré....
— Chère Espagne, je vous connais à peine, je n'ai vu de vous que la petite ville de Fuenterrabia qui monte vers le ciel comme un coquillage con- tourné. Je n'ai écouté que pendant quelques instants, devant une auberge oii fumait le choco- lat à la cannelle, le bruit de la guitare, son crépite- ment de cigales romantiques; mais cela suffit pour que je vous immole les autres contrées de la terre. Je le sais, quand j'entendrai un bouvier chanter sur la plaine aragonaise, ou Séville se détraquer les
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