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LA FÊTE ARABE 633
simples, que la passion et la nuit avaient prodigieusement orchestrées.
Comme je voudrais retrouver dans toute son abondance, avec ses clartés et ses ombres, ses silences et son large flot, le monologue passionné de mon ami, dans la petite rue silencieuse et puis dans la chambre à colonnes où nous étions entrés ! Ce n'étaient plus des événements, des faits qu'il déroulait devant moi avec l'âpreté d'un homme qui s'imagine encore engagé dans la lutte. Il s'abandonnait maintenant, sur le ton de quelqu'un qui regrette ce qu'il aime, à tout ce qui montait indéfiniment pour lui d'émotion et de pensée de sa triste aventure. Oh ! cette longue plainte, ce lamento sur la misère arabe, ces regrets, ces appréhensions, cet accent prophétique dans cette chambre vide, où une seule bougie allumée projetait bizarrement nos ombres sur les mûrs blanchis à la chaux ! Allons-nous mal jouer sur cette terre d'Afrique, la dernière carte heureuse que la Fortune a mise dans nos mains ? Pourquoi ces Barbares étrangers apporteraient-ils en Algérie des procédés différents de ceux qu'ils appliquèrent aux Philippines et à Cuba ? Pourquoi nos pauvres indigènes se montreraient-ils plus patients que ceux de ces misé- rables colonies ? Si par malheur, un jour, quelque part en Europe, la chance nous devenait contraire, tout resterait-il paisible ici ? Qui aurions-nous pour nous défendre ? Ces naturalisés d'hier ? ces Italiens, le seul peuple du monde qui se soit fait battre par des nègres ? ces Espagnols établis depuis cinq cents ans au Maroc et qui n'y ont pas lait un pas ? ou ces Ben Dif Allah, ces arabes dégénérés que nous avons mis partout à la tête des tribus et qui se montreraient d'autant plus féroces envers nous qu'ils
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