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JULIETTE LA JOLIE 95

qu'à Cougny cela était égal. Juliette ne faisait point la grimace à Ponceau.

Les chevaux cessèrent de galoper. Leur ardeur tombait. On arrivait aux montées que suivaient de brusques des- centes. De grandes collines qui étaient de petites mon- tagnes se succédaient de distance en distance, et la route épousait l'un après l'autre tous leurs accidents. Des villages étaient éparpillés dans les vallées. L'horizon était bour- souflé de mamelons bleuâtres couverts de bois. D'autres routes toutes blanches semblaient finir ici devant un amas de rochers, là sur la berge d'im étang, comme si, fatiguées d'aller toujours plus loin, elles avaient voulu se reposer enfin. Les peupliers faisaient avec leurs feuilles luisantes une multitude de petits signes. On entendait des aboiements de chiens et des appels de pâtres.

— On respire, ici ! dit Marcelle comme Juliette l'avait dit en quittant le chemin du cimetière. Certainement elle n'aimait guère la campagne, mais on allait vers de l'in- connu. Juliette était déjà venue ici, quelques années auparavant, avec les Nolot, à une époque où le Paul ne pensait guère plus à elle qu'elle ne pensait à lui. Elle désignait à Ponceau, par leurs noms, les villages et les bourgs que l'on traversait ou que l'on ne faisait qu'aper- cevoir de loin.

Cougny aussi connaissait sur le bout du doigt la contrée, mais y passer avec Marcelle était pour lui tout nouveau ; ces petites montagnes et ces étroites vallées, il les trouvait beaucoup plus attrayantes qu'autrefois. Mathé fumait tranquillement sa pipe, sûr d'avoir dés le matin gagné sa journée et celle de ses chevaux. N'asso- ciant au , paysage aucun sentiment, il remarquait que la

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