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LA GUADELOUPE PRÉHISTORIQUE

yeux peints, ce qui ajoutait à la férocité de leurs physionomies, et leurs bras et leurs jambes fortement comprimés par des bandelettes de coton[1], étaient démesurément enflées. Les figures que nous donnons reproduisent cette dernière disposition ; elles ne seraient donc pas antérieures de beaucoup à la venue des Espagnols, ou ce qui est encore possible, la mode de serrer les bras et les jambes par des bandelettes aurait duré de longs temps[2].

Dès les époques les plus reculées, l’homme n’avait pas craint de se lancer sur les rivières, puis sur les flots autrement redoutables de la mer.

Illi robur et æs triplex
Circa pectus erat qui fragilem truci
Commisit pelago ratem
Primus…[3]

Le poète latin a raison, on doit être plein d’admiration pour les hommes qui les premiers ont osé affronter les vents et la tempête, qui ont su allier à l’intelligence qui crée, le courage qui entreprend et la force qui exécute. Les plus anciens bateaux furent de gros troncs d’arbres grossièrement équarris probablement à l’aide du feu, puis creusés avec les misérables silex que nous foulons aux pieds. Ils étaient dirigés au moyen de longues perches, plus tard avec des bois plats qui battaient plus facilement l’eau ; plus tard encore, on croit reconnaître les traces d’un gouvernail et d’une nature qui prouverait l’usage d’une voile. Ces frêles embarcations tenaient la pleine mer ; on trouve dans les plus anciens kjökkenmöddings de la Scandinavie des fragments osseux de la morue, du hareng, du carrelet, qui vivent toujours au large. On recueille dans les îles de la Grèce, en Sardaigne, en Corse, dans l’île d’Elbe, des silex apportés de loin. Les

  1. Chanca (Lettre au Municipe de Séville, janv. 1494) dit que les femmes portaient des bandelettes de coton fortement serrées au-dessus et au-dessous du mollet.
  2. Peut-être convient-il de mentionner une pièce unique de la collection Guesde. C’est un petit temple en pierre, véritable amulette de 0m,18 de hauteur. On arrive à l’autel par une série de marches ou gradins. Il y a là comme une réminiscence des teocallis du Mexique, et le fait a une certaine importance à raison des rapports qu’il établirait entre les Caraïbes et les Aztecs ou mêmes les Toltecs ; mais une seule découverte, ajouterons-nous, ne saurait apporter une preuve suffisante.
  3. Horace, Odes, lib. I, ode m.