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LA GUADELOUPE PRÉHISTORIQUE

dans un chêne et mesurant 15 mètres de longueur, sur 1m,50 de largeur et 1m,20 de hauteur. La proue est arrondie et la poupe taillée en chanfrein. On ne remarque aucune trace de mâture, ni aucune disposition pour appuyer des rames.

Nous nous sommes étendus à dessein sur ces faits ; il est curieux de les rapprocher de ceux absolument analogues qui se passaient probablement aux mêmes époques dans les îles de la mer des Antilles. Là aussi les insulaires avaient éprouvé le désir de communiquer avec les îles voisines, avec le continent où leurs plus anciennes traditions plaçaient le berceau de leur race. Ces hommes avaient abattu les plus grands arbres ; ils les avaient lentement creusés à l’aide des outils primitifs, semblables à ceux de leurs contemporains du vieux monde. Ils avaient lancé ces troncs informes sur la mer, un jour où les flots étaient calmes ; ils les avaient guidés comme ils avaient pu, certainement à l’aide des moyens les plus rudimentaires. Peu à peu, le progrès s’était fait, et les Caraïbes au moment de leurs premiers rapports avec les Européens possédaient deux sortes de barques creusées les unes et les autres dans un arbre, les canonia mesurant 40 et 50 pieds de longueur sur 7 à 8 de largeur et les coulialas dont les dimensions étaient bien plus faibles. Le musée national de Washington possède deux de ces barques provenant des Antilles et remontant l’une et l’autre à une haute antiquité ; toutes les deux sont grossièrement excavées dans le tronc d’un Thuya gigantea. La première n’a pas moins de 60 pieds de longueur, l’autre n’atteint guère plus de 12 pieds.

Un des traits les plus saillants des anciennes populations américaines sont les peintures, les sculptures, les gravures qui se rencontrent en si grand nombre dans les deux Amériques, sur les rochers, sur les boulders, partout où une surface plane se présentait à l’artiste. On trouve ces pictographies (tel est le nom qui leur a été donné), dans les immenses solitudes du Nouveau-Mexique, du Colorado, de l’Arizona, comme dans le Guatemala et le Nicaragua, sur les hauts sommets des Cordillères de la Bolivie comme dans les plaines de la Guyane, au Brésil comme dans les vastes territoires de la République Argentine. Tantôt ce sont des hommes, des animaux, des scènes complètes de guerre ou de migrations, tantôt de véritables