Page:Nadaillac - La Guadeloupe préhistorique, 1886.djvu/4

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
2
LA GUADELOUPE PREHISTORIQUE

ou de roches métamorphiques susceptibles d’un poli plus ou moins brillant, l’absence de terre à poterie, d’autres causes matérielles ont joué un rôle plus ou moins considérable ; mais comme résultat final toujours et partout les mêmes besoins ont enfanté les mêmes moyens de les satisfaire.

Ces réflexions nous sont suggérées par la belle collection recueillie par M. Guesde dans les Antilles et plus spécialement à la Guadeloupe[1] De nombreuses photographies, d’excellentes aquarelles offertes au Musée du Trocadéro, permettent à ceux qui ne l’ont pas vue, de se rendre un compte assez exact non seulement de l’importance de la collection, mais aussi, ce qui est plus intéressant, du passé de ces populations encore si peu connues.

Les Antilles dans les temps précolombiens étaient peuplées par deux races distinctes[2]. Les habitants des grandes Antilles et ceux des îles Lucaye ou Bahama étaient d’un caractère timide et pacifique ; en moins de dix ans, ils furent à peu près exterminés par les Espagnols. Les petites Antilles au contraire étaient habitées par les Caraïbes ou Caribes[3] qui s’étaient rendus singulièrement redoutables à leurs voisins par leur humeur guerrière et leur férocité. Selon les relations du temps, ils étaient anthropophages ; mais il ne faut pas oublier que c’est là une accusation lancée par des vainqueurs qui avaient à faire excuser leur propre cruauté. On les dépeint comme une belle et forte race, à la haute stature, à la face longue, aux yeux légèrement obliques, au nez busqué, à la peau d’un brun rougeâtre. Christophe Colomb[4] dit qu’ils avaient le front haut, la tête bien placée. Ils portaient les cheveux longs, tombant durs et raides sur leurs épaules[5]. Nous ne savons que bien peu de choses sur leur origine.

  1. Otis T. Mason, The Guesde Collection of Antiquities in Pointe à Pitre, Washington, 1885. M. Otis Mason est un des plus savants anthropologistes américains. Ses travaux méritent toujours une mention spéciale. Voy. aussi un article sur la collection de M. G. Latimer de Porto Rico (Smithsonian Annual Report, 1876).
  2. On sait que Christophe Colomb débarqua aux Antilles le 12 octobre 1492. Selon les connaissances cosmographiques du temps, il crut être arrivé aux Indes. De là le nom de West Indies, sous lequel ces îles sont désignées aujourd’hui encore par les Anglais.
  3. D’où le nom de Caribbean Sea donné par les Anglais à la mer des Antilles.
  4. Vida del Almirante, cap. lxxxix.
  5. Rien ne prouve que la déformation artificielle du crâne si fréquente au nord et au sud de l’Amérique fût usitée chez les Caraïbes. Un crâne du Musée de Charleston venant de la Guadeloupe et dont l’authenticité parait incontestable ne porte aucune trace de