Page:Nerciat - Félicia.djvu/25

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tous les hommages de reconnaissance qu’on voudra bien m’offrir. — De mieux en mieux. Voilà ce qui s’appelle aller au solide. Dans ce cas, je retiens un exemplaire, et vous allez trouver bon que je dépose un acompte du prix de ma souscription. Il le fit.

Combien d’auteurs envieront mon sort ! on me paie d’avance, et les pauvres diables ont, les trois quarts du temps, bien de la peine à retirer quelque faible rétribution de leurs ouvrages, après y avoir mis la dernière main.




CHAPITRE II


Qui dit beaucoup en peu de mots.


Les romans ont coutume de débuter par les portraits de leurs héros. Comme, malgré la sincérité avec laquelle je me propose d’écrire, ceci ne laissera pas d’avoir l’air d’un roman, je me conforme à l’usage et vais donner aux lecteurs une idée de ma personne.

Trop modeste pour dire de moi-même un bien infini, je laisse parler à ma place ceux qui me connaissent, qui m’adorent et ne cessent de me louer. Tous s’accordent à me juger la plus belle et la plus jolie femme de mon siècle. Cependant il peut y avoir de la prévention de leur part ; je consens d’égaler, mais je ne veux surpasser personne. Au reste, il est prouvé que des traits aussi réguliers que les miens et aussi gracieux en même temps, sont la chose du monde la plus rare ; que j’ai seule la taille svelte d’une belle Anglaise, toutes les grâces d’une jolie Française, le maintien noble d’une princesse espagnole et les allures agaçantes d’une beauté de Florence ou de Naples. On sait que mes yeux grands et noirs ont un charme puissant