Page:Nerciat - Félicia.djvu/46

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bert font briller leurs épées ; la maison retentit de leurs imprécations !

— Je vous y prends donc, infâme adultère, criait le mari î mettant la pointe de son fer près du sein de sa femme. — Venge-toi, criait à son tour l’ami Lambert, je vais en même temps te délivrer du scélérat qui te déshonore et me calomnie. Où est-il ? Ô comble de l’horreur ! au lit ! dans ton propre lit ! — Arrête, mon ami, interrompt Sylvino, laissant échapper sa femme qui commençait à perdre le sérieux nécessaire à son rôle ; arrête, je ne puis te céder le plaisir de verser le sang du perfide…

Il faudrait avoir été témoin de la scène que j’essaie de décrire pour pouvoir s’en faire une idée à peu près juste. Je manque d’expression pour peindre l’effroi de Béatin et la révolution prodigieuse que souffrirent à la fois son corps et son esprit. Historienne fidèle, je ne puis me dispenser d’avouer, dussé-je causer quelque dégoût, que le malheureux docteur souilla très physiquement la couche de Sylvino. Cependant, on était convenu que les étrangers demanderaient grâce et désarmeraient les amis irrités. Mais ils ouvrirent en même temps un avis fait pour rassurer le coupable sur sa vie ; c’était de le mettre hors d’état de jamais faire de cocus. L’un d’eux, soi-disant chirurgien, prétendait pouvoir faire lestement l’opération, et même sur l’heure, ayant, par bonheur, sur lui les instruments nécessaires. À cette condition, Lambert et Sylvino, consentant à ne plus tuer, arrachèrent du lit le sujet plus mort que vif et le portèrent dans une autre pièce, sous prétexte de l’opérer. C’est là qu’il reçut l’outrage le plus pénible, trouvant la perfide Sylvina qui riait aux larmes. Cependant, elle voulut bien intercéder en sa faveur et, à sa prière, à laquelle la mienne se joignit, comme nous en étions d’accord, la peine fut encore commuée : on arrêta que le Béatin serait tenu quitte de tout moyennant une copieuse flagellation : cette sentence était pour le coup en dernier ressort. En conséquence, le suborneur de pénitentes, l’écrivain anonyme, fut lié par les pieds, les poings et les reins contre une colonne du salon,