Page:Nerciat - Félicia.djvu/61

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moment de m’entretenir ou de me glisser quelque tendre billet. À tout hasard, je me tenais prête à lui donner des facilités et à supprimer autant qu’il dépendrait de moi des formalités ennuyeuses.

Je rêvai, la nuit, que je voyais, dans un beau jardin, une ruche parée de fleurs et autour de laquelle bourdonnait un essaim d’abeilles fort singulières. Elle étaient faites précisément comme un certain objet dont monseigneur pendant, sa harangue, avait régalé mes yeux et qu’il avait fait toucher à mes mains, avant de l’employer à quelque chose de plus conséquent… Ces petits animaux dont j’admirais la bizarre structure, devinrent insensiblement de la grosseur du modèle et, se présentant tour à tour à l’étroite entrée de la ruche, firent longtemps d’inutiles efforts pour y pénétrer. Cependant une abeille aux ailes violettes était sur le point de s’insinuer quand une autre, aux ailes bleues et rouge argent, profitant du moment où la première soulevait tant soit peu, s’introduisit par-dessous, culbuta la ruche, puis, y ayant voltigé quelques instants, l’abandonna tout de suite à l’essaim empressé qui s’en empara.




CHAPITRE XX


Où le beau Chevalier se montre à son avantage.


Le charmant d’Aiglemont fut d’une exactitude qui surpassa l’espérance de Sylvina et la mienne. Il parut chez nous le lendemain dès midi. Sylvina était encore au lit : je prenais dans ma chambre une leçon de clavecin.

Déjà savante, je touchai une sonate qui m’était assez familière ; mais la présence du chevalier me jeta dans un trouble si grand, je perdis à tel point l’attention que la pièce exigeait, que je m’embrouillai et mis le maître de fort mau-