Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/145

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


après le bonheur, après l’ivresse, et qu’elle me disait : Allons, jeune homme ! tu as eu toute ta part de joie en ce monde ; à présent viens dormir, viens te reposer dans mes bras. Je ne suis pas belle, moi, mais je suis bonne et secourable, et je ne donne pas le plaisir, mais le calme éternel…

… Où donc cette image s’est-elle déjà offerte à moi ? Ah ! je vous l’ai dit, c’était à Naples, il y a trois ans. J’avais fait rencontre à la Villa-Real d’une jeune femme qui vous ressemblait, une très bonne créature dont l’état était de faire des broderies d’or pour les ornements d’église ; je la reconduisis chez elle, bien qu’elle me parlât d’un amant qu’elle avait dans les gardes-suisses et qu’elle tremblait de voir arriver. Pourtant, elle ne fit pas difficulté de m’avouer que je lui plaisais davantage.

… Que vous dirai-je ? il me prit fantaisie de m’étourdir pour tout un soir, et de m’imaginer que cette femme, dont je comprenais à peine le langage, était vous-même, descendue à moi par enchantement ! Pourquoi vous tairais-je toute cette aventure, et la bizarre illusion que mon âme accepta sans peine, surtout après quelques verres de Lacryma-Christi mousseux que je lui fis apporter au souper ? La chambre où j’étais entré avait quelque chose de mystique par le hasard ou le choix singulier des objets qu’elle renfermait. Une madone