Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/150

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Quatrième lettre

Je vous réponds bien vite, pour que vous ne me croyiez pas malheureux et découragé. Oh ! que vous connaissez bien votre pouvoir sur moi, madame ! Comme vous en avez abusé sans pitié ! Moi, je ris à travers mes larmes, je ris par un suprême effort de courage, comme le patient qu’on brûle, comme le martyr qu’on tenaille. Je suis content de moi, je me trouve sublime, j’excite ma propre admiration.

Jamais, je n’ai été si convaincu de cette vérité, que mon amour pour vous est une religion. Les solitaires de la Thébaïde avaient comme moi des nuits affreuses ; ils se tordaient comme moi sous des pensées impitoyables et ils offraient leurs souffrances en holocauste à l’Éternel ; mais c’étaient des gens qui vivaient d’eau et de racines, peut-être aussi des tempéraments paisibles, et non de ces natures nerveuses où la passion n’a pas moins de prise que la douleur. Oh ! vous êtes bien calme et bien tranquille, vous ! Vous me parlez de fidélité