Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/152

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Cinquième lettre

Pauvre amie, je vous ai encore bien tourmentée, bien inquiétée, mais c’est la dernière fois. Quand je vous verrai ainsi, froide et contrainte, je comprendrai bien qu’il existe une de ces raisons dont nous avons parlé et que votre cœur se resserre alors à l’approche du mien, comme une fleur craintive. Mon Dieu ! ne craignez rien ; je me ferai à cette idée, si pénible qu’elle puisse être. Que vous m’aimiez plus qu’un autre, je ne puis rien vouloir de plus. Oh ! nous sommes fiancés dans la vie et dans la mort. Qu’importent les hommes et les indignes obligations de l’existence ? Une heure de liberté entre nous, de paroles brûlantes, d’effusions célestes, et tout le reste est oublié. Dans les concessions où votre amour m’entraîne, j’abdique volontiers ma fierté d’homme et mes prétentions d’amant ; mais de votre côté, prenez pitié de mes peines mortelles et de cette terrible exaltation, dont je ne puis répondre toujours ! Songez qu’elle vient moins de la jalousie que de la