Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/182

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suis occupé de vous préparer un triomphe, s’il y a à moi, toutes à moi, quelques journées de votre vie, et, malgré vous, quelques-unes de vos pensées, n’était-ce pas une peine qui portait sa récompense avec elle ? Dans cette soirée où je compris toutes les chances de vous plaire et de vous obtenir, où ma seule fantaisie avait mis en jeu votre valeur et la livrait à des hasards, je tremblais plus que vous-même. Eh bien, alors même, tout le prix de mes efforts était dans votre sourire. Vos craintes m’arrachaient le cœur. Mais avec quel transport j’ai baisé vos mains glorieuses ! Ah ! ce n’était pas alors la femme, c’était l’artiste à qui je rendais hommage. Peut-être aurais-je dû toujours me contenter de ce rôle, et ne pas chercher à faire descendre de son piédestal cette belle idole que jusque-là j’avais adorée de si loin.

Vous dirai-je pourtant que j’ai perdu quelque illusion en vous voyant de plus près ? Non !… mais en se prenant à la réalité, mon amour a changé de caractère. Ma volonté, jusque-là si nette et si précise, a éprouvé un moment de vertige. Je ne sentais pas tout mon bonheur d’être ainsi près de vous, ni tout le danger que je courais à risquer de ne pas vous plaire. Mes projets se sont contrariés. J’ai voulu me montrer à la fois un homme sérieux et timide, un homme utile et exigeant, et