Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/195

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conserve pure, à travers toutes sortes d’amertumes. Pourquoi vous risqueriez-vous à choisir quelque autre que moi ? Je sais vos habitudes ; vous pouvez me rendre prudent par beaucoup de confiance. Quel intérêt aurais-je à vous compromettre aujourd’hui ? Je sais maintenant de quoi il faudra se garder et je tiens, d’ailleurs, à m’isoler de plus en plus, à vivre tout à fait pour vous. Ce n’est pas difficile pour qui ne pense qu’à vous seule… Eh bien ! vous me verriez aussi rarement qu’il vous plairait. Nous trouverions les précautions les plus sûres. Puisque vous avez tant à craindre, votre secret sera sous la garde de mon honneur. Mais j’ai besoin de vous voir un peu de temps en temps, de vous voir à tout prix ; je vous ai aperçue hier et vous étiez si belle, vous aviez l’air si doux !… J’ai retrouvé dans vos traits quelque chose de cette expression de bonté qui me charmait tant, quand vous m’étiez favorable.

Ah ! cruelle femme, ne dites pas que vous ne m’avez pas aimé ! autrement, vous auriez été bien trompeuse ! Si vous m’aimiez, vous m’aimez toujours. Vous êtes touchée de cette passion qui survit à tout, qui garde pour elle toute l’humiliation et tout le malheur et qui vous laisse à vous toute liberté, toute fantaisie, qui ne se plaint pas même