Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/100

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.








De la Vertu qui donne.
______


1.

Lorsque Zarathoustra eut pris congé de la ville que son cœur aimait et dont le nom est la « Vache multicolore » — beaucoup de ceux qui s’appelaient ses disciples l’accompagnèrent et lui firent la reconduite. C’est ainsi qu’ils arrivèrent à un carrefour : alors Zarathoustra leur dit qu’il voulait être seul maintenant, car il était ami des marches solitaires. Ses disciples, cependant, en lui disant adieu, lui firent cadeau d’un bâton dont la poignée d’or était un serpent s’enroulant autour du soleil. Zarathoustra se réjouit du bâton et s’appuya dessus ; puis il dit à ses disciples :

Dites-moi donc, comment l’or atteignit-il la plus haute valeur ? C’est parce qu’il est rare et inutile, étincelant et doux dans son éclat ; il se donne toujours.

Ce n’est que comme symbole de la plus haute vertu que l’or atteignit la plus haute valeur. Luisant comme de l’or est le regard de celui qui donne. L’éclat de l’or conclut la paix entre la lune et le soleil.

La plus haute vertu est rare et inutile, elle est étincelante et d’un doux éclat : une vertu qui donne est la plus haute vertu.

En vérité je vous devine, mes disciples : vous aspirez