Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/117

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.








Des Compatissants.
______


Mes amis, des paroles moqueuses sont venues aux oreilles de votre ami : « Voyez donc Zarathoustra ! Ne passe-t-il pas au milieu de nous comme si nous étions des bêtes ? »

Mais il vaudrait mieux dire : « Celui qui cherche la connaissance passe au milieu des hommes, comme on passe parmi les bêtes. »

Celui qui cherche la connaissance appelle l’homme : la bête aux joues rouges.

D’où lui vint ce nom ? N’est-ce pas parce qu’il a eu honte trop souvent ?

Oh mes amis ! Ainsi parle celui qui cherche la connaissance : Honte, honte, honte — c’est là l’histoire de l’homme !

Et c’est pourquoi l’homme noble s’impose de ne pas humilier les autres hommes : il s’impose la pudeur de tout ce qui souffre.

En vérité, je ne les aime pas, les compatissants, qui sont bienheureux dans leur pitié : ils sont trop dépourvus de pudeur.

S’il faut que je sois compatissant je ne veux au moins pas que l’on dise que je le suis ; et quand je le suis que ce soit à distance seulement.