Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/123

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Aux fers des valeurs fausses et des paroles illusoires ! Ah, que quelqu’un les sauve de leur Sauveur !

Quand la mer les démontait, ils crurent un jour atterrir à une île ; mais voici, c’était un monstre endormi !

De fausses valeurs et des paroles illusoires : voici pour les mortels les monstres les plus dangereux, — longtemps la destinée sommeille et attend en eux.

Mais enfin elle s’est éveillée, elle arrive et dévore ce qui sur elle s’est construit des demeures.

Oh, voyez donc les demeures que ces prêtres se sont construites ! Ils appellent églises leurs cavernes aux molles odeurs.

Oh, cette lumière factice, cet air épaissi ! Ici l’âme ne peut pas voler jusqu’à sa propre hauteur.

Car leur croyance ordonne ceci : « Montez les marches à genoux, vous qui êtes pécheurs ! »

En vérité, je préfère encore voir l’impudique, que les yeux battus de leur honte et de leur dévotion !

Qui donc s’est créé de pareilles cavernes et de telles marches de pénitence. N’était-ce pas ceux qui voulaient se cacher et qui avaient honte du ciel pur ?

Et seulement quand le ciel pur traversera de nouveau les voûtes brisées, quand il contemplera l’herbe et les pavots rouges qui croissent sur les murs en ruine, — alors seulement j’inclinerai de nouveau mon cœur vers les demeures de ce dieu.

Ils appelèrent Dieu ce qui les contredisait et leur faisait mal : et, en vérité, leur adoration avait quelque chose de très héroïque !