Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/124

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Et ils ne surent pas autrement aimer leur Dieu qu’en crucifiant l’homme !

Ils pensèrent vivre en cadavres, ils drapèrent leurs cadavres de noir ; et même dans leurs discours je sens la mauvaise odeur des chambres mortuaires.

Et celui qui habite près d’eux, habite près de noirs étangs, d’où vient la douce mélancolie du chant du crapaud sonneur.

Il faudrait qu’ils me chantent de meilleurs chants, pour que j’apprenne à croire en leur Sauveur : il faudrait que ses disciples aient un air plus sauvé !

Je voudrais les voir nus : car seule la beauté devrait prêcher le repentir. Mais qui donc pourrait être convaincu par cette affliction masquée !

En vérité, leurs sauveurs eux-mêmes n’étaient pas issus de la liberté et du septième ciel de la liberté ! En vérité ils ne marchèrent jamais sur les tapis de la connaissance !

L’esprit de ces sauveurs était fait de trous ; mais dans chaque trou ils avaient placé leur folie, leur bouche-trou qu’ils ont appelé Dieu.

Leur esprit était noyé dans la pitié et quand ils enflaient et se gonflaient de pitié, toujours une grande folie nageait à la surface.

Avec ardeur ils ont chassé leur troupeau sur le sentier, en poussant des cris : comme s’il n’y avait qu’un seul sentier qui mène vers l’avenir ! En vérité, ces bergers, eux aussi, faisaient encore partie des brebis !

Ces bergers avaient de petits esprits et des âmes spacieuses : mais, mes frères, quels petits pays furent, jusqu’à présent, même les âmes les plus spacieuses !