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Qu’est cet homme ? Un monceau de maladies qui, par l’esprit, percent hors du monde : c’est là qu’elles veulent faire leur butin.

Qu’est cet homme ? Un amas de serpents sauvages, qui rarement sont tranquilles ensemble — alors ils s’en vont, chacun de son côté, chercher du butin par le monde.

Voyez ce pauvre corps ! Ce qu’il souffrit et ce qu’il désira, cette pauvre âme essaya de le comprendre, — elle l’interpréta comme la joie et l’envie criminelle vers le bonheur du couteau.

Celui qui tombe malade maintenant est surpris par le mal qui est mal maintenant : il veut faire mal avec ce qui lui fait mal. Mais il y eut d’autres temps, un autre bien et un autre mal.

Autrefois le doute était mal, et la volonté de soi. Alors le malade devenait hérétique et sorcière ; comme hérétique et sorcière il souffrait et voulait faire souffrir.

Mais ceci ne veut pas entrer dans vos oreilles : Cela nuit à ceux d’entre vous qui sont bons, dites-vous. Mais que m’importe vos bons !

Chez vos bons bien des choses me dégoûtent et ce n’est vraiment pas leur mal. Je voudrais qu’ils aient une folie qui les fasse périr, pareils à ce pâle criminel !

Vraiment je voudrais que leur folie s’appelât vérité, ou fidélité, ou justice : mais ils ont leur vertu pour vivre longtemps dans un misérable contentement de soi.

Je suis un garde-fou au bord du fleuve : que celui qui peut me saisir me saisisse ! Je ne suis pas votre béquille. —

Ainsi parlait Zarathoustra.

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