Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/50

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Chaque vertu est jalouse de l’autre vertu et la jalousie est une chose terrible. Les vertus, elles aussi, peuvent périr par la jalousie.

Celui qu’enveloppe la flamme de la jalousie, pareil au scorpion, finit par tourner contre lui-même le dard empoisonné.

Hélas ! mon frère, ne vis-tu jamais une vertu se calomnier et se détruire elle-même ?

L’homme est quelque chose qui doit être surmonté : c’est pourquoi il te faut aimer tes vertus — car tu périras par tes vertus.

Ainsi parlait Zarathoustra.



DU PÂLE CRIMINEL


Vous ne voulez point tuer, juges et sacrificateurs, avant que la bête n’ait hoché la tête ? Voyez, le pâle criminel a hoché la tête : dans ses yeux parle le grand mépris.

« Mon moi est quelque chose qui doit être surmonté : mon moi, c’est mon grand mépris des hommes. » Ainsi parlent les yeux du criminel.

Ce fut son moment suprême, celui où il s’est jugé lui-même : ne laissez pas le sublime redescendre dans sa bassesse !

Il n’y a pas de salut pour celui qui souffre à ce point de lui-même, si ce n’est la mort rapide.