Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/83

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En vérité, le moi rusé, le moi sans amour qui cherche son avantage dans l’avantage du plus grand nombre : ce n’est pas là l’origine du troupeau, mais son déclin.

Ce furent toujours des fervents et des créateurs qui créèrent le bien et le mal. Le feu de l’amour et le feu de la colère l’allument au nom de toutes les vertus.

Zarathoustra vit beaucoup de pays et beaucoup de peuples. Il n’a pas trouvé de plus grande puissance sur la terre que l’œuvre des fervents : « bien » et « mal », voilà le nom de cette puissance.

En vérité, la puissance de ces louanges et de ces blâmes est pareille à un monstre. Dites-moi, mes frères, qui me terrassera ce monstre ? Dites, qui jettera une chaîne sur les mille nuques de cette bête ?

Il y a eu jusqu’à présent mille buts, car il y a eu mille peuples. Il ne manque que la chaîne des mille nuques, il manque le but unique. L’humanité n’a pas encore de but.

Mais, dites-moi donc, mes frères, si l’humanité manque de but, ne fait-elle pas défaut — elle-même ?

Ainsi parlait Zarathoustra.



DE L’AMOUR DU PROCHAIN


Vous vous empressez auprès du prochain et vous