Page:Nietzsche - La Volonté de puissance, t. 2.djvu/14

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— Nous avons appris qu’une douleur peut être projetée à un endroit du corps sans y avoir son siège — : nous avons appris que les sensations que l’on tient naïvement pour conditionnées par le monde extérieur sont en réalité conditionnées par le monde intérieur : que la véritable action du monde extérieur se passe toujours d’une façon inconsciente... Le fragment du monde extérieur dont nous devenons conscients est né après l’effet exercé sur nous par l’extérieur, est projeté après coup sous forme de « cause » prêtée à cet effet…

Dans le phénoménalisme du « monde intérieur » nous retournons la chronologie de la cause et de l’effet. Le fait fondamental de l’expérience intérieure c’est que la cause est imaginée lorsque l’effet a eu lieu… Il en est de même de la succession des idées… — nous cherchons la raison d’une idée avant qu’elle soit devenue consciente pour nous : et alors la raison, et ensuite sa conséquence, entrent dans notre conscience… Tous nos rêves consistent à interpréter des sentiments d’ensemble, pour en chercher les causes possibles : et de telle sorte qu’un état ne devient conscient que lorsque la chaîne des causalités, inventée pour l’interpréter, est entrée dans la conscience.

Toute « l’expérience intérieure » repose sur ceci qu’à une irritation des centres nerveux on cherche et imagine une cause — et que c’est seulement la cause ainsi trouvée qui pénètre dans la conscience :