Page:Noel - Dictionnaire de la fable, 1801, Tome 1.djvu/12

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iv PRÉFACE.

et mystérieuses ténèbres ; et si quelqu’un peut se flatter d’avoir entièrement levé le voile, c’est assurément celui qui a su chercher et trouver dans l’empyrée la clef de tout le système mythologique.

Cependant, qu’il me soit permis de le dire, ou plutôt de le répéter, en général le danger des systèmes est de ramener tout, de force ou de gré, à l’hypothèse plus ou moins ingénieuse qu’on a conçue ; et chaque système devient le lit de Procruste, aux dimensions duquel toutes les explications doivent être assujetties, au moyen de la torture ou de la mutilation.

Pourquoi assigner une seule cause à ce qui en eut un grand nombre, et n’ouvrir qu’une porte aux interprétations ? Tantôt c’est la piété filiale qui déifie un père ravi à ses regrets ; tantôt c’est la désolation maternelle qui fait un dieu du fils auquel la nature n’a pas permis de devenir un homme. Ailleurs c’est un père, frappé dans sa jeune postérité, qui invoque en elle, comme Quintilien, les dieux de sa douleur, numina doloris ; plus loin, l’Amour éploré prend pour objet de son culte l’être aimable et sensible qui fut celui de son idolâtrie. Ici la flatterie des cours décerne des honneurs qu’accueille l’ivresse du pouvoir suprême, et que sanctionne la politique d’un successeur ; là, l’artifice