Page:Noel - Dictionnaire de la fable, 1801, Tome 1.djvu/13

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PRÉFACE. v

mensonger des prêtres offre de nouveaux appâts à la crédulité des peuples, pour fortifier l’ascendant de l’encensoir, ou pour le reconquérir. Les phénomènes de la nature, tour-à-tour bienfaisants et terribles, mènent à l’idolâtrie par la reconnaissance et la terreur : le langage mystique lui-même perd insensiblement son sens primitif, et met des dëités ënigmatiques et malfaisantes à la place des symboles convenus et des emblèmes innocents. Une nation ingénieuse et sensible, d’une imagination vive et féconde, peuple les mers, les airs, les prairies et les bois, d’êtres fantastiques, d’allégories charmantes, dont s’agrandit le domaine de la poésie ; et les poètes, à leur tour, créateurs d’un monde magique dont les illusions brillantes animent la nature entière, sont entraînés par la foule aux pieds des autels qu’ils ont érigés eux-mêmes, et finissent, comme les statuaires, par adorer l’ouvrage de leurs mains. Enfin les conceptions d’Homère, les allégories des Apelles, les statues des Phidias, tout tourne au profit de la superstition, amie du merveilleux, et pour qui la peur même est une jouissance ; et l’ignorance des idiomes, la confusion des langues, les calamités de la terre qui forcent l’homme à chercher dans le ciel la consolation qui le fuit et l’espoir d’une vie meilleure, les conquêtes même, les révo-


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