Page:Pensées de Gustave Flaubert 1915.djvu/39

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n’est autre que le génie : voir, avoir le modèle devant soi, qui pose. C’est pourquoi je déteste la poésie parlée, la poésie en phrases. Pour les choses qui n’ont pas de mots le regard suffit ; les exhalaisons d’âme, le lyrisme, les descriptions, je veux de tout cela en style ; ailleurs c’est une prostitution de l’art et du sentiment même.

Il n’y a rien de plus faible que de mettre en art des sentiments personnels, l’artiste doit s’arranger de façon à faire croire à la postérité qu’il n’a pas vécu ; moins je m’en fais une idée et plus il me semble grand ; je ne peux rien me figurer sur la personne d’Homère, de Rabelais, et quand je pense à Michel-Ange, je vois de dos seulement un vieillard de stature colossale sculptant la nuit aux flambeaux.


Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. Je crois que l’avenir de l’art est

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