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Désormais, à propos de tout ce qui pourrait te chagriner, rappelle-toi le dogme : cet accident n’est pas un malheur, mais c’est un bonheur que de le supporter avec courage.
C’est un secours peu digne d’un philosophe, mais utile cependant pour nous amener à mépriser la mort, que de nous rappeler ceux qui se sont attachés avec obstination à la vie. Qu’ont-ils eu de plus que ceux qui sont morts prématurément ? Ils gisent quelque part, disparus à jamais, Cédicianus, Fabius, Julianus, Lépide, et tous ceux qui, après avoir conduit beaucoup d’hommes au tombeau, y ont été conduits eux-mêmes. En somme, la différence est petite, et, cette vie, à travers combien de souffrances faut-il la supporter, et dans quelles compagnies, et avec quel corps misérable ! Ce n’est donc pas une affaire Regarde derrière toi l’abîme du temps et devant toi un autre infini. Quelle différence y a-t-il alors entre celui qui est âgé de trois jours et celui qui a trois fois l’âge de Nestor ?
Va toujours suivant le plus court chemin ; le plus court chemin est de suivre la nature. Agis et parle toujours de la manière la plus saine. Voilà le plan de conduite qui t’affranchira des peines, des combats, de toute politique et de toute recherche.
Le matin, quand tu as de la peine à te réveiller, aie cette pensée présente à l’esprit : je m’éveille pour faire œuvre
1. [Couat: « Souviens-toi de celte règle. » — J’ai déjà eu l’occasion de citer le vers de Juvénal (cf. la note à la pensée IV, 3o) qui me semble justifier la traduction de Soy|iaTa par « dogmes ».]
2. \ir\ oov 10; npây|ia. — Cette phrase est très elliptique, mais le sens en est clair, et je ne crois pas qu’il y ait lieu d’y rien ajouter pour l’éclaircir.
3. [D’après Stobée (Ed., II, 164), la npoOsai;, que M. Couat traduit par les mots «plan de conduite», se définissait pour les Stoiciens exactement ainsi: a’jmeiwai; èniTejiacù>;. Par la npôOeai;, on se signifie tel acte à accomplir. N’est-ce pas, en un sens, le « ferme propos » des théologiens ?]
4. atpaieia; est très douteux. Reiske a proposé TepaTei’a; [=des histoires de brigands|, qui serait peut-être meilleur.